Plutôt que mes longs discours soporifiques, je vais écrire ici une citation de C. G. Jung que j'affectionne : "C'est ainsi que l'attitude rationnelle civilisée abouti nécessairement à son contraire, c'est à dire la dévastation irrationnelle de la civilisation."
(image ci-dessus : La névrose)
Vingtième message
Plutôt que mes longs discours soporifiques, je vais écrire ici une citation de C. G. Jung que j'affectionne : "C'est ainsi que l'attitude rationnelle civilisée abouti nécessairement à son contraire, c'est à dire la dévastation irrationnelle de la civilisation."
(image ci-dessus : La névrose)
Dix-neuvième message
Il m'aura fallu dix-neuf messages pour arriver enfin à identifier le sens de mon propos. La "ligne claire" est pour moi le rejet de toute appartenance culturelle. Ce traitement n'empêche pas la maîtrise technique, bien au contraire, il l'impose. Tous les dessinateurs qui prennent ce chemin sans avoir un bagage technique solide, ne présentent qu'un dessin froid et maladroit, l'amateurisme est criant. Utiliser la ligne claire, c'est dire à son groupe d'origine "auto-congratule-toi, auto-satisfais-toi, nourris-toi de ta propre création... Moi, je m'adresse aux enfants du monde, ceux en ton sein et d'ailleurs qui se sentent plus humains que Français, ou Juifs, ou grands, ou pauvres, ou rebelles, célèbres... Ceux qui refusent de se voir définis par leur milieu de naissance ou d'adoption, les Hommes libres..."
Cette volonté de m'affranchir, de trouver un terrain de communication avec le monde sans faire l'apologie d'une culture m'a toujours animé, et elle est à l'origine de ma peinture réaliste déjà, car je pensais alors que seul le "réel" méritait d'être représenté, que toute autre approche graphique sélective était culturelle. Mais le "réel" est infini, et à vouloir en faire le support de son message, on l'y perd. Il m'a fallu longtemps pour me détacher de toutes les influences qui ont nourrit mon imaginaire, ma soif de dessin, il y en avait tellement ! Aujourd'hui, elles m'ennuient toutes, et je m'en réjouis. Je suis un animal libre.
Dix-septième message
Une femme, c'est beau. Et alors ? Quel est l'intérêt de cette image ? Je l'ai dessinée parce que je me demandais justement l'intérêt de la dessiner. J'espérais trouver une réponse, hé bien non. La beauté peut être représentée hors de l'esthétique de forme, par une ligne claire, oui... Parce que c'est le sujet (pictural) qui est connu comme "beau". Mais je me demande l'intérêt de représenter un "bel objet". En l'occurrence, la sobriété du dessin permet à chacun d'y voir une femme idéale. Tant mieux, mais j'avoue être gêné par le côté "illusionniste" de l'image. La beauté est subjective, toute tentative de la représenter pour la collectivité me semble illusoire...
Seizième message
Hommage à Michel-ange et à la renaissance italienne. J'ai tellement admiré cette période de "jaillissement lumineux"... Mais son génie artistique me semble aujourd'hui finalement bien relatif. Chaque toile, chaque sculpture est une apologie de "l'éducation". Finalement peu contemplatifs, les peintres de cette époque ont travaillé durement à satisfaire la soif d'opulence des dirigeants et de l'église, flattés du sacrifice fait à l'ouvrage. La soumission de l'art mesurée à l'effort, à l'abnégation. Finalement, cette sculpture de David résume bien la renaissance : L'Homme, debout sur sa création qui lui sert de piédestal, se sent supérieur. (Image ci-dessus : David)
Quatorzième message
(Début au "Premier message" -voir les "archives du blog"-) Retour aux symboles, car il y a deux choses qui motivent mon travail et qui sont contradictoires... La première, c'est ma fascination pour le monde tel qu'il m'apparaît, c'est la contemplation. La deuxième, c'est ma soif de lucidité, et mon besoin de trouver l'harmonie, c'est "la part symbolique". Les deux sont contradictoires, car la deuxième contient la première et la considère comme une "chimère", une construction ponctuelle. Oui mais, n'a t'on pas besoin de se regarder, de se projeter, n'est ce pas là un réflexe naturel ? La lucidité ne doit pas empêcher le rêve de divaguer quand il en a besoin, la seule règle, c'est sans doute de ne pas prendre le rêve pour un modèle, pour une trouvaille. C'est juste une digression. Peut-être que la sagesse vient avec la mort du rêve. En tout cas, la vérité, elle, n'est certainement pas le fruit d'une construction, d'une divagation ou d'une contemplation... La vérité est naturelle, sa quête consiste en un désapprentissage du mensonge. Image ci-dessus : Le bas des marches.
Treizième message
Douzième message
(Début au "premier message" -voir les "archives du blog")
Notre peur du vide, ou de l'absence qui nous pousse à admirer des gesticulations absurdes, vient de notre méconnaissance de nos propres fondements. Le langage ne naît pas de lui-même, tout dans le monde est soumis à la règle de la causalité. Chaque chose n'est que l'effet d'une cause. Une image du monde suggérée par une couleur unie pour signifier "l'entendement" est souvent vécue comme une chose détestable par le plus grand nombre, car elle nous met devant justement, notre incapacité à trouver nos fondations. Si l'artiste ne nous dis pas comment aborder le monde, on est terrifié, on crie à l'imposture. Ce qu'on ne sait pas, c'est que lorsqu'on regarde une œuvre, on ne voit que notre propre expérience du monde, le tableau nous donne des limites, un "filet" qui nous empêche de tomber dans l'abîme du monde, croit-on. C'est le rôle de la culture, créer des branches pour se tenir, et nous empêcher de tomber... En nous-même. Car comme le dit Schopenhauer, le monde est notre représentation, il cesse d'être si le sujet n'existe plus.
Image ci-dessus : Le monde.
Onzième message
Quand on se prosterne, on dit l'inverse de ce qu'on est, et on est l'inverse de ce qu'on dit.
C'est un peu le problème de toute adoration, de tout dogme... De tout ce qui créé une communauté qui se différencie du reste du monde par la soumission à une "norme" artificielle. Le langage, à mon sens, n'est pas constitué exclusivement de mots, dans notre monde très "visuel", on peut dire qu'on pense plus en images qu'en mots. Je pense qu'on peut penser en musique aussi. Prenons par exemple un groupe de "Death métal"(ou tout autre groupe affilié à un "esthétique de genre") dont les membres à la voix gutturale et au cheveux longs, sont les porte drapeau d'une communauté qui n'a aucune raison d'être, si ce n'est une aspiration à ignorer l'individu. Pour trouver la valeur d'une prise de parole (musicale ou autre), il convient d'en démonter la forme, afin de voir ce qu'il en reste. En l'occurrence, le groupe de Death metal aura perdu tout intérêt au yeux de son public dès lors qu'il aura troqué son chanteur contre une grand mère, ses guitares contre des mandolines... Et que dire si on enlève la musique pour ne plus lire que les paroles des chansons à voix haute ? La communauté est constituée sur des règles de forme qui justifient la "création artistique". En cela, on peut dire que beaucoup de musiques sont "issues" de la pensée dirigée, et non de la pensée libre. Le message est une apologie de la forme et non une transmission de sens. Pourtant, on sent bien, lorsqu'on écoute une musique qu'on aime, qu'on prend un réel plaisir à cette écoute, ce plaisir n'est-il pas la preuve de la force de cette création ? Non, car ce plaisir naît de la frustration de ne rien trouver. Le plaisir dans ce cas, c'est le plaisir d'attendre le sens qui ne vient jamais. Le fait d'exclure à ce point d'une création, toute" subjectivité", l'empêche de dégager du sens, et cette absence devient tellement criante, qu'elle fascine. Le plaisir vient de notre capacité à vaincre nos peurs, et la peur ultime, c'est la peur de Nietzsche : le Nihilisme. La musique actuelle est un défilé de mode où chacun joue un rôle d'adhérent passionné, de promoteur convaincu qui va terrifier un public d'individus qui se sentent monstrueux de subjectivité. On n'ose plus rien dire, les paroles des chansons se sont évaporées, la musique n'appartient plus aux musiciens mais aux promoteurs de culture. Je l'ai souvent remarqué ce réflexe étrange qui veut que lorsqu'on voit un homme qui est parvenu à créer quelque chose d'admirable, on se met à copier sa création au lieu d'étudier sa démarche pour parvenir à ses fins. Une création n'a de valeur que si, lorsqu'elle change de forme, elle conserve son sens. Elle n'a rien d'admirable, elle est juste un message que délivre l'individu. Prosterne-toi devant ta création, et tu ne distingueras plus l'imposture de l'Homme.
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